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Victorian Mechanics:
Les Enfants de Séléné




    Chapitre 1 : Sous la pleine lune


    La lune pleine brillait si fort dans le ciel cette nuit là qu'on pouvait y voir aussi bien qu'au grand jour. Le majestueux zeppelin de la compagnie AllenberghFields se déplaçait silencieusement dans le ciel des environs de la cité Londonienne. Le petit moteur à vapeur ne s'entendait presque pas, ni du sol, ni de la majeure partie du compartiment. Ayant laissé la barre à Ludovica, Néolia se livrait à son passe-tempe préféré, elle prenait l'air. Se retenant avec un cordage qu'elle ne prenait jamais la peine de nouer à sa propre ceinture, elle se balançait au dessus du vide pour admirer le paysage qui défilait en dessous d'elle de ses propres yeux, et non a travers une vitre. Elle s'amusait de l'ombre portée au sol par son vaisseau et savourait la fraicheur humide de la nuit et de l'altitude.
    La jeune femme aux longs cheveux retenus par un bandeau et à la peau sombre et ambrée, témoin de ses origines métissées, savourait cette liberté et le fait de pouvoir voler bien davantage qu'aucun membre plus blasé de l'équipage qui ne faisait cela que pour vivre et gagner de l'argent. Si elle l'avait pu, Néolia n'aurait plus jamais posé le pied a terre et aurait vécu a tout jamais dans les airs. Elle grimpait souvent sur les cordages, n'hésitant jamais a monter sur le ballon lui même quand des réparations d'urgence s'imposait, savourant l'air, le vent, et la liberté. Elle avait dans sa poche une belle montre a gousset, solidement accrochée par une petite chaine a sa ceinture pour ne pas la perdre. Elle était comme un chef de gare avec son bâtiment, il était très important de lui faire tenir ses horaires.
    Et c'est ainsi suspendue au dessus du vide qu'elle remarqua dans un champs cet étrange dessin de cultures pliées, écrasées ou coupées formant des cercles paradant dans la plus singulière des danses. Néolia n'avait jamais rien vu de semblable. Comme si on avait cherché a dessiner des engrenages célestes en taillant ces champs, pour un spectacle qui ne pouvait s'apprécier que depuis les cieux. Le regard perçant de Néolia remarqua alors quelque chose au centre du dessin, comme la silhouette recroquevillée d'une personne nue. Néolia se balança contre la porte de la cabine au bout de son filin et la fit s'ouvrir d'un grand coups de pied en bondissant à l'intérieur.
"-Là !" ordonna-t-elle à Ludovica dans un ordre sans appel en pointant du doigt le cercle dans le champs. "Descends et arrête-toi ! Vite !"

Le zeppelin était cette nuit-là sans autres passagers que son équipage naviguant, et sans cargaison. Il ne faisait que repartir de Londres pour aller reprendre une cargaison à la campagne qu'il ramènerait ensuite à nouveau dans la capitale. Rien ne les pressait donc, ni ne les empêchait de s'arrêter.
Arrivée au dessus du cercle, Néolia noua des cordages sans attendre que le bâtiment ai perdu davantage en altitude et descendit en rappel. C'était une prouesse, sur une telle hauteur, que peu de ses consoeurs ou confrères auraient osé tenter. Glissant sur la corde grâce a un anneau de fer fixé à sa ceinture, tout en contrôlant la vitesse de sa descente sans se brûler les mains grâce à ses gants de cuir, Néolia parvint très rapidement jusqu'au sol, auprès de la silhouette repérée depuis le ciel. Ses sens et son imagination ne l'avaient pas abusés, c'était bien d'une jeune femme qu'il s'agissait, une jeune femme prostrée, complètement nue, perdue au milieu de nul part.
Néolia enleva son manteau de cuir pour venir couvrir la peau blanche et laiteuse de l'inconnue aux cheveux blonds bouclés fins comme des fils d'or. Elle s'agenouilla auprès d'elle et écarta ses cheveux de son visage pour mieux la regarder. Elle était très jolie.
Autour d'elles, il n'y avait aucune trace de pas dans la terre ou parmi les herbes pliées. Aucun signe de ses vêtements ni de comment elle été arrivé ici hormis les formes dans les champs, visibles du ciel.  

Chapitre 2 : Les marques sur son corps

    La blonde aux cheveux d'or et à la peau laiteuse portait le nom de Caroline. Caroline Goodwill. Une londonienne de bonne famille. Elle avait les yeux bleus les plus merveilleux que Néolia ai jamais vu et elle n'avait visiblement aucune idée elle non plus de la manière dont elle avait pu se retrouver dans ce champs, et qui plus est dans cette tenue. Elle avait repris ses esprits assez vite mais semblait souffrir d'une forme d'extrême langueur, n'ayant même pas la force de se tenir debout seule ni de tenir un simple bol de café. Elle semblait extrêmement faible sans pour autant paraitre trop affamée.
Néolia l'avait hissé à bord grâce aux cordages, et l'avait installé dans la cabine privée qui sert d'ordinaire aux passagers de prestiges.
    Certains membres de l'équipage du zeppelin s'étaient amusés à parier sur le statut social et l'origine de Caroline avant que cette dernière ne reprenne vraiment connaissance, ce à quoi Néolia n'avait pas participé. Elle avait raillée ses camarades en leur disant qu'elles se comportaient presque comme des hommes, ce qui dans sa bouche sonnait comme une insulte. Néanmoins, la métisse n'avait pu s'empêcher de remarquer qu'en effet, sans habits pour marquer leur rang social, il était bien difficile de reconnaitre un riche d'un pauvre.

"-Vous ne ressemblez pas à une capitaine de navire. s'étonna Caroline quand Néolia se présenta à elle, lui expliquant où elle se trouvait et où elles se dirigeaient.

-A cause de ma couleur de peau, c'est cela ? s'amusa Néolia avec un sourire malicieux.

-Sans doute aussi, oui. Mais je pensait plutôt a votre sexe, et a votre allure.

-Ah ! C'est vrai, je vous l'accorde. Et il est vrai que je ne suis pas réellement capitaine. Même si j'en fait office bien souvent dans des trajets comme celui-ci, quand le vrai capitaine reste dans son lit à Londres, nous laissant nous autres matelots des airs nous débrouiller sans lui."

C'était aussi et surtout pour pouvoir rejeter le blâme sur ses subordonnés et plaider l'ignorance que le vrai capitaine abandonnait le navire régulièrement quand une large part de leur cargo s'avérait être de la contrebande, en cas d'intervention des autorités. Cela, Néolia le savait, mais elle n'allait pas le déclarer si tôt à la jeune femme face à elle.
Les deux jeunes femmes se dévisageaient l'une et l'autre avec une égale intensité. Caroline, alitée, portait une sorte de longue chemise blanche, tandis que Néolia, qui la dominait penchée au dessus d'elle dans l'étroite cabine, portait un pantalon et un gilet de cuir marron, et une épaisse chemise à lacets jaune sale.
Caroline n'avait jamais vu auparavant de personne ayant une semblable couleur de peau. Elle trouvait cela magnifique et fascinant, bien davantage que la pâle couleur rosé presque maladive qu'elle avait. Elle se retenait de l'impulsion qu'elle avait a vouloir la toucher pour en sentir la texture.

"-D'où venez-vous ? De France ? D'Afrique ?

-Des Amériques. Là bas, j'étais une esclave. Ici, je suis libre. Le ciel m'appartient, je vole au dessus des immeubles et des nuages, je suis capitaine de mon propre navire. Tous ceux qui se plaignent des dangers ou du travail n'ont pas vécu ce que j'ai vécu. Pour moi, c'est le paradis ici. D'ailleurs, ça me donne l'occasion de rencontrer des anges tombés du ciel comme vous, Caroline."

Caroline sourit et rougit en baissant un peu la tête.
Elle était troublée par Néolia au point d'en oublier sa situation et ce qui l'avait mené ici.

"Je n'était jamais montée à bord d'un dirigeable." dit Caroline en référence au léger roulis qu'elle ressentait, en tournant un peu la tête comme pour parler d'autre chose.
Néolia tendit doucement la main vers elle, effleurant sa joue, la caressant doucement pour lui faire relever la tête, et elle approcha doucement, lentement son visage du sien, quand on frappa à la porte de la cabine.
Le zeppelin avait paisiblement repris sa route, et Néolia, faisant office de capitaine, pouvait s'attendre a être dérangée à tout moment pour les exigences de sa tâche.
"Entrez !"  lança Néolia en se redressant.
Miss Andrea entra dans la petite cabine et referma la porte derrière elle malgré l'étroitesse des lieux.
La femme d'origine flamande faisait office de chef cuisinier et de médecin de bord quand le besoin s'en faisait sentir. Le plus discrètement possible, elle expliqua a Néolia qu'il serait bon d'examiner Caroline. Miss Andrea avait entendu parlé de cas similaires, et la plupart des cas examinés présentaient des traces de violences sexuelles. Il fallait s'en assurer tout de suite, pour en avoir le coeur net. Caroline, terrorisée par la perspective de la chose, tentait de se couvrir davantage à deux mains avec la couverture qu'on avait posé sur elle.
"Je vais m'en occuper." assura Néolia à Miss Andrea avait de la faire sortir.
Néolia s'appuya sur la porte un moment comme si elle pouvait la verrouiller en s'appuyant dessus assez longtemps.

"-Je… Je ne suis pas sure de vouloir savoir…" hésita Caroline tête baissée, tandis que Néolia se tournait lentement vers elle. Mais elle voulait savoir, elle voulait vraiment savoir. Elle n'était simplement pas sur de vouloir que Néolia la voit ainsi.
"-Je… Je n'ai ni mari ni fiancée… Mais… Mais est-il possible d'aimer quelqu'un de sali ? Quelqu'un de souillée ? D'aimer quelqu'un après avoir découvert qu'une telle chose lui est arrivée ? s'inquièta Caroline tandis que Néolia venait s'assoir sur sa couchette.

-Aimer quelqu'un, c'est l'aimer toute entière. C'est accepter le meilleur et le pire. Aimer vraiment, c'est tout connaitre de l'autre, même ce qu'elle cache a la terre entière.

-Non. C'est pas vrai. Pour aimer quelqu'un, il faut… Il faut…

-Le fantasmer ? En conserver toutes les illusions ? Ne jamais la voir aux cabinets ? Ça, c'est se mentir. Vivre dans une illusion, dans un rêve creux. Ça ne survit pas à l'épreuve du temps.

-Certaines choses sont trop répugnantes… Certains blessures trop profondes…"

Néolia embrassa alors Caroline par surprise, la faisant taire en  posant ses lèvres sur les siennes tout en fermant les yeux, appliquant, puis prolongeant longuement le baiser.
"Je te promets de t'embrasser encore après. Quoi que l'on découvre. D'accord ?"
Caroline avait eu le souffle coupée. Elle était écarlate. La surprise passée, elle s'était laissé allé au baiser et avait même agrippé le bras de la métisse comme pour la retenir contre elle. Encore hésitante, elle acquiesça pourtant, à la fois muée par le désir de savoir, et par celui de connaitre un autre baiser. "D'accord."
Lentement et avec précaution, Néolia tira la couverture et commença a défaire un a un les boutons de la chemise de Caroline. Celle-ci se sentait terrifiée, angoissée à l'idée de la réponse qu'elles allaient découvrir.
"Il vaut mieux que ce cela moi, je t'ai déjà vu nue, quand je t'ai retrouvée. Tu n'as plus rien a me cacher." plaisanta doucement Néolia en la déshabillant.

Les bras et les poignets de Caroline portaient quelques traces de ligatures, de même que ses jambes et ses chevilles. Cela ne se limitait pas aux poignets ni aux chevilles, c'était comme si quelque chose, pour l'immobiliser, s'était enroulé autour de ses bras et de ses jambes, comme un fouet ou une tentacule. La chair n'avait pas été griffée ni coupée, et ses marques disparaitraient sans doute vite. Néolia regarda les seins de Caroline, les soulevant un peu, n'y trouvant aucune marques.
"Ils sont magnifiques." lui dit-elle avec un sourire craquant pour la rassurer.
Elle lui fit écarter les cuisses. Caroline tentait de les serrer, gémissant doucement "N…Non.".
Néolia la rassura. "Je dois voir. Je dois regarder. On doit savoir."
Doucement, elle lui fit écarter les jambes et regarda, écartant des doigts les lèvres intimes doucement.
"Ça va… Ça va… On dirait… On dirait que tu n'as rien… Mais…" Le doigt de Néolia fit frissonner Caroline, effleurant quelque chose en elle. "Tu es toujours vierge ! Incroyable. Oh. Oh non. Attends. Retourne toi.".
Néolia aida Caroline a se retourner dans le lit. Elle caressa son dos intact puis descendit vers ses fesses et les écarta. Caroline avait bien été violée. Simplement pas par l'endroit conventionnel.
Les cicatrices qu'elle avait semblaient démontrer qu'elle avait été pénétré avec force et violence dans le rectum. Son bourreau semblait avoir employé autre chose que son sexe. Cela avait du être abominable et intolérablement douloureux.
Néolia expliqua ces faits à la malheureuse Caroline qui se mit a sangloter. Néolia la recouvrit avec sa chemise et la couverture, et se redressa pour enleva son propre gilet. Elle commença a dénouer et desserrer les lacets de sa chemise, puis la retira, se mettant torse nue, offrant sa poitrine au regard. Elle se rassit sur la couchette, et pris la main de Caroline en commençant a lui montrer son dos.
"Je sais ce que tu ressens."
Le dos de Néolia était marqué de douloureuses cicatrices, marques de coups de fouets.

Caroline releva la tête, stupéfaite, choquée par les marques de Néolia, mais plus encore perturbée par la découverte de ce qu'elle avait elle même subie. Elle fit se retourner la métisse et la serra dans ses bras, ses seins s'écrasant contre les siens.

"-Mais qui ? Qui a pu me faire ça ?" sanglota-t-elle.
La serrant davantage contre elle pour la consoler, Néolia fini enfin par lui donner le deuxième baiser promis.
"Nous le découvrirons ensemble… Et nous le ferons payer. Je te le promet." murmura Néolia.

Chapitre 3 : La séance

    Le pendule se balançait au bout dans la petite chaine dans un mouvement régulier silencieux et hypnotique devant les yeux de Caroline tandis que Nathaniel lui parlait doucement, la plongeant peu a peu en état de relaxation et d'hypnose.
Physiquement, la blonde aristocrate se portait bien mieux. Elle avait repris des forces à bord du zeppelin lors de son voyage avec Néolia, jusqu'à revenir à Londres. S'appuyant sur la belle métisse à la fois physiquement et moralement, elle avait pu se remettre a marcher sans que nul ne parvienne a justifier l'origine de cette inexplicable faiblesse. Andrea avait bien suggérée l'hypothèse de l'anémie ou de la malnutrition, un viol, même répété, ne vous réduisant pas à un tel état sans forces ordinairement.
Et en rentrant a Londres, elles avaient entendus parler de rumeurs liés à un violeur vampire qui sévissait en volant dans les rues de Londres la nuit. Londres où Caroline sentait qu'elle n'avait plus sa place tant qu'elle n'avait pas établi ce qui lui était arrivé.
Pour une fois, pour elle, Néolia avait accepté de mettre pied a terre afin de pouvoir l'aider.

Ensemble, elles étaient allés s'enquérir auprès de la police qui les avait reçu et les avait aimablement débouté. Le policier leur avait calmement déconseillé de porter plainte en raison du catastrophique scandale et du voile de honte que cela ne manquerait pas de jeter sur la victime, quand bien même on retrouverait et arrêterait le criminel. Il pris bien note de l'agression qu'elle avait subi, et lui avait confirmé qu'elle n'était ni la première ni la dernière, mais lui avouait son impuissance.
"-La plupart des disparitions sont des départs volontaires." lui avait expliqué calmement le policier. "Des gens qui veulent quitter leur conjoint, ou qui n'ont pas de quoi payer leur loyer et ne veulent pas faire face à leur propriétaire. Il faut rarement chercher plus loin. C'est pour ça que ce ne sont pour ainsi dire jamais des priorités. Ce sont même parfois de simples malentendus."

Mais c'était surtout l'absence de témoignage qui le privait de la moindre piste. Il promettait de faire tout ce qu'il pouvait, mais c'était comme si les victimes avaient été hypnotisées pour oublier.
Hypnotisées.
C'était lui qui avait prononcé ce mot. Et l'idée n'avait pas échappée aux deux jeune femmes.
Le mésmerisme était une pratique de plus en plus à la mode en cette ère victorienne, et il ne leur fallu pas longtemps avant de trouver un hypnotiseur prêt à les recevoir.
Il s'appelait Nathaniel Vermount, et malgré les beaux habits très chics qu'il portait et la renommé dont il prétendait jouir, il vivait dans un appartement somme toute assez modeste d'un immeuble bon marché. Il avait fait s'assoir Caroline dans un large fauteuil a accoudoir très confortable et s'était assis face à elle sur une simple chaise retournée. Néolia demeurait debout, dans un coin de la pièce, observant en silence. Elle n'avait pas quitté Caroline depuis qu'elle l'avait retrouvé nue dans ce champs. Dans le zeppelin, elles avaient passé beaucoup de temps ensemble, et ce n'était uniquement que parce que la couchette n'était pas assez pour deux qu'elles n'avaient pas fini par la partager. La métisse l'avait de nombreuses fois observé dormir durant ce voyage, lui tenant parfois la main pour l'aider a dormir, ou pour la rassurer quand elle faisait des cauchemars.
Caroline avait refusé de contacter sa famille ou ses proches de retour à Londres. Elle ne pouvait pas justifier son absence puisqu'elle ignorait elle même ce qui lui était arrivé. Elle devait avant tout le découvrir. Pour pouvoir avancer.

L'hypnose semblait marcher.
Caroline semblait plonger peu a peu dans un état second, devenant comme ivre ou endormie. Nathaniel se mit à la guider, la poussant a commencer a se rappeler de ce qui s'était passé, la nuit où elle avait disparue, la nuit où elle avait été enlevée. Il la poussa d'abord à lui répéter ce dont elle s'était toujours souvenu, avant de chercher à la pousser plus loin.
La voix de Caroline semblait pâteuse, engourdie.
Elle décrivait sa journée des plus ordinaires, et son chemin quotidien pour rentrer chez elle à la nuit tombée. La fortune de sa famille ne la dispensait pas de travailler, d'autant plus qu'elle n'était pas encore mariée. Néolia écoutait, attentive. Caroline lui avait déjà parlé de sa vie, à Londres, et des revers de fortune de sa famille. Et enfin, vint l'instant qu'elle avait oublié, celui où sa mémoire s'était arrêté. Caroline résista, gémissant qu'elle ne se souvenait pas, et Nathaniel se mit a lui parler, a expliquer qu'elle avait été hypnotisé, ses souvenirs bloqués, enfermés dans une large armoire, mais qu'a présent, les portes de cette armoire devaient s'ouvrir, le voile devait se dissiper.
Il se montra insistante, Caroline geignant péniblement qu'elle ne voyait rien, et puis soudain, elle parla d'une présence, d'une ombre, comme celle d'un oiseau volant au dessus d'elle alors qu'elle marchait dans cette ruelle déserte.
Elle s'était retourné, avait levé les yeux vers le ciel, vers la pleine lune qui éclairait la ruelle, et soudain, dans un crissement mécanique, une sorte de chauve souris gigantesque avait fondu sur elle, jetant sur elle un filet, la capturant comme un poisson, la soulevant de terre, et l'assommant en lui faisant percuter un mur.
Nathaniel commenta qu'elle n'était pas la seule a avoir vu une telle silhouette voler au dessus des ruelles de Londres la nuit.

Caroline semblait souffrir, resister plus qu'avant.
Nathaniel avait prévenu qu'une seule séance ne serait probablement pas suffisante, et qu'il ne fallait pas risquer de réveiller trop rapidement un trop violent traumatisme, pourtant, il la poussait a se souvenir encore.
"La lune. La lune"  répéta Caroline. "Je vois la lune. Si grande, si grande, de plus en plus grande… Elle s'approche… Non… C'est moi qui m'approcher… Si détaillée. La lune. C'est impossible. La lune… Je vais… Je vais…. Je… Je suis nue. J'ai froid. Si froid ! Il y a quelque chose… Quelque chose là bas. Mes bras. Je ne peux pas bouger. Pas bouger. Non ! Non ! Ça entre en moi ! Par derrière ! C'est froid ! C'est froid ! Ah !"
Caroline se redressa brusquement sur son fauteuil, les yeux soudain grand ouverts, comme réveillé par un terrible cauchemar. Néolia s'avança, mue par l'instinct de vouloir se porter à son secours. Caroline était sortie de sa transe. C'était assez pour cette séance, même si les jeunes femmes se retrouvaient avec plus de questions encore qu'auparavant.

Le policier qui les avait accompagné jusque là, mais les avait attendu dans l'entrée, vint s'enquérir auprès de Nathaniel :
"-Alors ? Est-ce qu'elle se souvient ?
-Oui." lui répondit Nathaniel. "Pas encore complètement, mais oui. Les souvenirs reviennent. Encore quelques séances, quelques jours, au plus quelques semaines, et vous aurez enfin une piste, une vraie. Vous pourrez sans nul doute identifier et arrêter le ou les coupables !"

Chapitre 4 : La chauve-souris

    Néolia n'avait pas de pied à terre dans la capitale, elle vivait d'ordinaire perpétuellement dans les airs, et n'aimait pas avoir les pieds sur terre. Caroline, de son côté, refusait de reprendre contact avec ses proches tant qu'elle n'aurait pas éclaircis le mystère de sa disparition. Sous son apparente fragilité, elle cachait un caractère de fer et un certain tempérament, et elle savait se montrer têtue et bornée. Les deux jeunes femmes avaient donc décidé de partager un simple chambre dans un hôtel pas trop cher, Caroline promettant à Néolia de bientôt la rembourser pour tous les frais qu'elle avait fait à son égard.
Néolia ne voulait pas de son argent. Elle n'était motivée que par la perspective de partager enfin un grand lit avec elle. Néolia n'avait pas caché son attirance envers Caroline sur le dirigeable, mais elle avait préféré attendre avant de pousser les choses plus loin avec elle que la belle londonienne soit de nouveau littéralement sur pieds. Elle ne voulait pas que Caroline puisse se sentir piégée ou obligée, et appréciait également le fait de lui faire une cours prolongée. Elles s'étaient plusieurs fois embrassés, et Néolia l'avait même aidé à se laver avec une sensualité non dissimulée, mais elles n'étaient guère allé plus loin.
    Néolia était si impatiente qu'elle en avait l'estomac nouée et ne songeait même pas a diner.
Caroline non plus n'avait pas très fin, mais le trouble de la blonde aux cheveux d'or, venaient des premiers souvenirs que l'hypnotiseur était parvenu a faire ressurgir. Ils la laissaient perplexe et troublée.
La nuit était déjà tombée dans la capitale, et la pleine lune, revenue dans le ciel, rappela de sinistres souvenirs à Caroline qui se demandait qui elle ne faisait pas un mauvais rêve, si elle n'était pas encore victime de l'hypnose de Nathaniel, encore assise dans le fauteuil de son appartement, a se remémorer. Une sensation glacée d'angoisse lui parcourait l'échine, sous l'effet de l'angoisse qui l'étreignait. Elle serrait la main de Néolia pour se rassurer, main, présence qu'elle n'avait pas auparavant. Son ancre.
"Nous devrions nous hâter." prétexta Caroline. "Votre allure, de part ces rues, le soir, pourrait attirer l'attention de la police. Vous avez l'air, après tout, très suspecte et fort peu fréquentable." ajouta-t-elle sur un ton de plaisanterie.
Caroline vouvoyait toujours Néolia, qui la tutoyait depuis le premier jour, marquant davantage leur différence sociale. Ce n'était rien d'autre qu'un jeu entre elles, une taquinerie insolente qui renforçait leur complicité. Elles se comprenaient suffisamment, au delà des mots, pour savoir lire entre les lignes. Mais cette connexion permettait également à Néolia de déceler au delà de cette pique une maladroite tentative de cacher son malaise et son angoisse grandissante face aux souvenirs qui lui était revenu relatif à cette nuit qu'il lui semblait à présent revivre.
Néolia lui serrait la main en lui souriant un peu, quand un bruit, comme un battement d'ailes, se produisit au dessus d'elles.
Néolia se retourna plus vivement que Caroline. Fondant sur elles, se découpant dans la pleine lune, la silhouette d'une monstrueuse chauve souris. Néolia n'eu pas le temps de pousser un cri ni de repousser Caroline qu'un filet s'abattit sur cette dernière. Néolia pu alors voir et comprendre. C'était un homme dans un appareil. Un véhicule silencieux, une machine, comme une sorte de deltaplane aux ailes rétractables sur une armature de métal, lui donnant, en contre jour, la silhouette menaçante d'une chauve souris gigantesque. Le véhicule était munis d'un petit moteur a vapeur, coupé la plupart du temps pour davantage de furtivité, que le malandrin n'hésita pourtant pas a faire rugir afin de redresser et gagner de l'altitude, emportant sa proie, Caroline.
"Non !" rugit Néolia, impuissante, courant a pied après l'engin qui s'envolait pour disparaitre au dessus des immeubles entourant la ruelle.
Caroline n'avait même pas eu le temps de crier, à peine celui de se retourner que le lourd filet l'avait fait prisonnière une seconde fois. Impuissante, elle revivait la même nuit de terreur et d'angoisse que celle qu'elle ne faisait qu'a peine commencer à se remémorer. A nouveau, elle était hissé dans les airs, et projetée, assommée, contre un des murs de la ruelle afin de ne pas hurler au secours et de risquer d'attirer l'attention des passants.
Mais cette fois, il avait laissé un témoin. Un témoin qu'il n'avait pas fait taire. Un témoin qui n'allait certes pas crier comme une hystérique, mais qui ne renoncerait jamais, en la personne de Néolia.
Elle couru a travers la rue jusqu'à la rue suivante, regardant plus souvent en l'air que là où elle mettait les pieds, se repérant à la direction générale que la chauve souris avait prise.

Hélas, après une heure a courir a travers Londres, Néolia du se rendre a l'évidence, elle avait perdu la piste de la chauve souris et de Caroline.
Les rues de la métropole étaient parmi les plus crasseuses que Néolia ai connu au cours de son existence, mais bien davantage, elles étaient labyrinthiques. La cité était immense. Que cette chauve souris retrouve si vite Caroline dans ces rues, le jour même de son retour ne pouvait tenir de la coïncidence aux yeux de la belle et farouche métisse.
A bout de souffle, épuisée, elle cessa enfin sa course inutile, se pliant en deux pour reprendre haleine. Elle ne la rattraperait pas a pied. Mais elle la rattraperait. Elle savait que quelqu'un avait du prévenir la chauve souris du retour de Caroline et de ses déplacements. La métisse savait que la meilleure manière de rattraper quelqu'un, c'est d'anticiper ses déplacements pour se placer sur sa trajectoire. Courir derrière et tenter de suivre n'est que la meilleure manière de s'épuiser.
La liste des suspects qui puissent avoir contacter le kidnappeur était aussi courte que celles des gens avec lesquels elles étaient entré en contact depuis leur arrivée à Londres le matin même.
Cela allait être vite fait.

Chapitre 5 : Le nid

    Il n'avait pas fallut plus de quelques heures à Néolia pour retrouver le policier qui les avait dénoncé à la chauve souris et le nid de cette dernière. Après avoir copieusement rossé le policier, elle lui avait fait avouer sous la menace d'une lame bien placé sa complicité et l'adresse du repaire du pilote de la chauve souris.
C'était le genre de personne qui pensait que sa profession le mettait à l'abri de toutes formes de représailles. Et il ne devait pas s'attendre a pareille violence et détermination de la part d'une femme, le petit citadin. Néolia avait l'habitude d'une vie rude et du travail ardue. Encore aujourd'hui, elle passait ses jours a se hisser sans effort à la force des bras sur les cordages du dirigeable.

Le nid de la chauve souris était vide.
Il se trouvait tout en haut d'un bâtiment de la zone extérieur est de Londres dans une zone plus propice aux entrepôts qu'aux logements.
Le kidnappeur volant était sans doute occupé a emmener sa proie, Caroline, jusque dans un autre endroit, tout ce qui se trouvait là était sa machine.  Le policier avait déclaré comme pour se dédouaner qu'ils n'étaient que des intermédiaires, des rouages très remplaçables dans un engrenage qui les dépassaient. Il avait dit cela comme pour chercher a décourager Néolia, mais la belle métisse n'aurait eu aucun remord a jeter un bâton ou une pierre dans ces engrenages, quitte a faire tomber tout le système et toute la royauté !
Elle n'avait pas très bien compris ce qu'il avait dit après. Il avait dit que si Caroline n'était plus dans le nid de la chauve souris, c'était qu'il l'avait déjà emmené sur le champs de tir dans le comté de Canterbury, pour l'emmener là où elle ne pourrait jamais l'atteindre. Et là, il avait désigné la lune. Il avait rit, se pensant intouchable, et elle l'avait violemment assommé, s'emportant un peu trop.
A travers ce qu'il avait dit, Néolia ne pouvait s'empêcher de voir un parallèle avec sa propre vie, que Caroline ai été enlevée pour être transportée loin d'Angleterre et vendue comme une marchandise. Elle imaginait un bateau où un zeppelin partir à minuit, et si Caroline était livrée en retard, après le départ du navire, qu'elle serait tuée plutôt que de risquer d'être découvert.
C'était la seule chose qu'elle pouvait concevoir quand elle l'avait vu pointer les cieux. De quoi aurait-il pu parler d'autre ?

Le temps pressait donc.
Le temps était compté pour Caroline. Néolia ne pensait pas qu'ils chercheraient a blesser Caroline avant le geste du policier, mais elle était désormais dans l'urgence. Le moyen le plus rapide pour rattraper Caroline et son kidnappeur jusqu'à ce "champs de tir" en Canterbury était l'engin même qui avait servi à la capturer. La machine chauve souris.
Néolia n'avait jamais rien piloté de semblable, mais ça ne lui faisait pas peur. Elle avait déjà volé sur d'autres engins, et elle en comprenait aisément le fonctionnement théorique. Il fonctionnait principalement comme une sorte de planeur, de deltaplane, un peu sur le principe des cerfs-volant, avec des articulations permettant de contrôler la montée, la descente, la direction et la prise au vent. Il était de plus pourvu d'un petit moteur a vapeur, capable de lui donner une impulsion en cas de manque de vent et pour plus de maniabilité encore, même si, vu sa taille, il ne devait pas permettre de faire grand chose ni de durer très longtemps. Elle n'avait pu voir l'étrange véhicule à l'action que quelques courtes secondes, mais elle n'avait pas le choix. La tâche étant sans doute amplement simplifiée par le fait que, contrairement a son utilisateur originel, elle n'aurait pas a transporter de passager récalcitrant enfermé dans un filet, ce qui devait nuire considérablement a l'aérodynamique.

La plus grande difficulté pour les deltaplanes et les cerfs-volant comme pour la plupart des engins volants en revient toujours a décoller, a s'arracher du sol. C'est toujours ça le plus difficile. Une fois en l'air, on se laisse porter par les courants, mais a moins de se jeter dans le vide, il est toujours laborieux de s'élever dans les airs.
C'est avec des ratés de son étrange moteur a hélice que la chauve-souris avait créé malgré lui les cercles dans les champs, ployant les épis de blé avec ses larges ailes déployées tout en cherchant a décoller. Il avait sans doute considéré la chose comme du vandalisme amusant.
En plein Londres, il suffisait d'attendre le bon vent et de se jeter dans le vide, ailes déployées, le repaire de la chauve souris, son nid, son garage, étant une sorte de grenier aménagé pourvu de larges portes et de poulies. Il devait sans nulle doute souvent se poser dans la rue en dessous et hisser l'engin avec ses ailes repliées grâce à des cordes et à des poulies.

C'était un risque terrible qu'elle prenait, et elle en avait pleinement conscience en ouvrant grand et en fixant les larges portes du grenier. Elle allait littéralement se jeter dans le vide. La moindre erreur de manipulation de l'engin, la moindre maladresse ou même défection technique, et elle allait s'écraser contre le sol. Elle n'aurait pas le droit à l'essai au sol, pas le temps d'apprendre petit a petit. Tel un oisillon se jetant hors du nid haut perché, c'était le tout pour le tout, réussir ou mourir.
Elle tenta au mieux de se familiariser avec les commandes de l'appareil dans le grenier même, après l'avoir très rapidement examiné sous tous les angles, comme pour s'assurer, par exemple, qu'elle avait bien détaché toute corde d'amarrage.

Néolia pris une profonde inspiration et regarda l'heure sur sa montre à gousset, remontant nerveusement le mécanisme.
Même si voler ne lui avait jamais fait peur, elle avait complètement conscience du terrible risque qu'elle prenait. Mais il n'était pas question une seconde d'hésiter. Pas question d'abandonner Caroline à ses bourreaux. Plutôt mourir.
Ayant vérifié une dernière fois les commandes, elle mit le moteur en route, l'ayant rechargé en réserve de charbon. Le moteur tournant bien, les hélices commençant a tournoyer, faisant tout voler dans le grenier, elle se mit alors a pousser le véhicule de toutes ses forces vers l'ouverture, gardant les mains sur les poignées, lui donnant le plus d'élan possible. A la seconde précise où le véhicule commença a passer les portes, elle bondit d'un coups sur le siège, les mains sur les commandes, attendant une fraction de seconde qui pouvait sembler durer une éternité, que le véhicule soit complètement sorti du grenier et totalement au dehors, et elle déploya les larges ailes, inclinant les commandes pour une meilleure prise au vent, pour s'élever.
Et, a sa grande surprise, cela marcha.
Elle s'envola.
Elle ne piqua pas du nez un seul instant, elle n'eu pas a redresser. Cela marchait. Elle volait. Elle poussa un grand cri de triomphe et de soulagement, et inclina la direction pour se rendre vers le comté de Canterbury, là où devait se trouver ce fameux "champs de tir".
Si il y avait bien une chose qu'elle savait faire sans difficulté désormais, c'était s'orienter dans les airs. C'était son métier, a bord de zeppelins toute l'année, elle n'avait même plus besoin de sextant. Elle avait les cieux comme principale demeure.  


Chapitre 6 : L'impossible voyage

    Bravant la nuit et le froid des cieux, Néolia avait voyagé par les airs à bord de ce véhicule ailé aux allures de chauve souris avec l'unique espoir que le policier qui les avaient trahis ne lui avait pas menti, ou ne s'était pas trompé, et qu'elle puisse trouver ce mystérieux "Champs de tir" et y trouver Caroline avant qu'il ne soit trop tard.
Et elle avait trouvé le "champs de tir" au centre duquel trônait, pointé vers le ciel, la plus incroyable des constructions. On aurait dit une sorte de balle gigantesque, la forme ressemblant un peu à celle d'un zeppelin, mais coupé en deux et tourné vers le ciel. C'était incroyable, mais cela ressemblait à une sorte de véhicule.

    Jusqu'où est-ce que c'était censé aller ?
Il fallu un bon moment à Néolia pour appréhender le principe de fonctionnement de ce qui se trouvait face à elle. Cela semblait être le même que celui des boulets de canon, ou des pistolets, où, au mieux, des feux d'artifices. Un énorme véhicule qui allait sans doute être catapulté dans les airs grâce à une formidable explosion contrôlé. Mais pourquoi faire ?
Tout autour d'elle, tout le monde s'affairait, visiblement blasé, la tâche à laquelle ils s'employaient tenant plus pour eux de la lassante monotonie que de l'extraordinaire. Pour une fois, la couleur de la peau de Néolia jouait à son avantage et lui permettait de passer davantage inaperçu, nombre des ouvriers étant des gens de couleur, employés comme des esclaves, ne parlant même pas anglais. La raison n'en échappait pas à la belle métisse, c'était pour conserver le secret sur ce qui se passait ici. Des anglais ne pourraient pas interroger les ouvriers.
La désignation du lieu elle même semblait être un mensonge. Sur un panneau interdisant aux gens d'approcher était inscrit qu'il s'agissait d'un site de test pour les armes et les explosifs destinés à la guerre.

Elle avait atterri au delà des grilles, sur le terrain lui même, après l'avoir un peu survolé. Personne ne semblait l'avoir remarqué ni fait attention a elle, soit parce qu'ils avaient mieux a faire, soit parce que la vue d'un véhicule comme celui qu'elle pilotait était pour eux d'une triste banalité.
C'était bien le bon endroit, son instinct le lui criait. Mais où pouvait se trouver Caroline ? Où pouvaient-ils la garder ?
La curiosité de Néolia la poussa a commencer par l'étrange fusée elle même. Elle se faufila sans difficulté vers l'engin, échappant à la vigilance de quelques gardes. Elle cru reconnaitre le pilote de la chauve souris, le kidnappeur, dans le visage d'un homme qui s'éloignait de la fusée. Elle fut tenté de lui sauter dessus pour le faire parler, mais sa priorité demeurait de retrouver Caroline, pas de se venger. Elle repéra de quel côté il se dirigeait, pour pouvoir tenter de remettre la main sur lui, et s'aventura dans l'autre direction, celle de là où il venait. Vers l'engin lui même.
Elle trouva tout un système d'échelle et de monte-charge temporaire et déplaçable que certains ouvriers étaient même déjà en train de démonter et d'éloigner. Néolia songea d'abord qu'ils devaient servir à la construction de l'engin, mais la porte située sur son côté, à plusieurs mètres du sol, ne pouvait être atteint autrement. Avant qu'il ne soit trop tard, Néolia grimpa hâtivement pour aller voir ce qui se cachait dans le mystérieux vaisseaux, sans remarquer qu'elle avait attirer l'attention du kidnappeur qui s'était retourné et l'avait remarqué.
La lourde porte de métal était pourvu d'un système d'ouverture très simple, qui ne nécessitait pas la moindre clé, mais demandait de grands efforts, comme si cela devait conserver une énorme étanchéité. Il faisait sombre à l'intérieur, plus sombre qu'au dehors. La nuit n'apportait que peu de lumière par l'ouverture dans laquelle se découpait Néolia. Elle essayait en vain d'y distinguer quelque chose, commençant a douter de son propre instinct, se demandant ce que pourrait faire un être humain dans un pareil cylindre étanche. Elle n'osait pas appeler.
Quand soudain, elle fut violemment poussée en avant a travers cette entrée. Le kidnappeur l'avait suivi sans faire de bruit, s'était glissé derrière elle, et l'avait poussé à l'intérieur. Penchée en avant, elle n'avait rien pu faire et alla s'écraser contre le plancher de bois de cette étrange fusée. Elle ne resta pas longtemps au sol et se redressa vivement pour se retourner, mais le rascal refermait déjà la lourde ouverture derrière elle. Elle se précipita dessus, tentant vainement de trouver une poignée, un mécanisme d'ouverture, en vain. Elle constata, surprise, que cette porte ne semblait pouvoir s'ouvrir que de l'extérieur. Elle continua a tenter a pousser cette porte de toutes ses forces, mais en vain. C'était perdu d'avance.
Enfin, elle poussa un cri de rage et de frustration et abandonna.
Un hublot haut placé diffusait une petit lueur nocturne dans la fusée, et les yeux de Néolia s'habituèrent peu a peu. Il y avait peut être une autre issue. Le hublot lui même ne semblait absolument pas pouvoir s'ouvrir.
Néolia distingua particulièrement alors des filets remplis de nourritures et de bien d'autres choses, suspendus tout autour d'elle. Elle s'approcha pour les examiner de plus près, et reconnu la silhouette recroquevillée en position foetale de Caroline.
La blonde aux cheveux d'or était toujours inconsciente, un peu de sang séchait sur son front, elle avait saigné d'une blessure quand il l'avait assommé en l'emportant. Néolia passa ses mains a travers les mailles du filets pour l'atteindre et la serrer contre elle, si soulagée de la retrouver,  s'assurant qu'elle était en vie. Elle respirait bien. Néolia était si soulagée. Comme si, dans cet instant, elle se fichait d'être prisonnière et enfermée. La seule chose qui comptait, c'était qu'elles se soient retrouvées. Elle s'agrippa a elle et la serra contre elle, respirant son odeur, profitant de ces retrouvailles.
Caroline avait contre son visage un linge qui puait une odeur pharmaceutique, sans doute imbibé d'une sorte de tranquillisant pour la maintenir endormit. Néolia enleva ce torchon et le jeta au sol. Sa montre a gousset faisait toujours tic-tac dans sa poche, marquant un ting un peu plus fort comme une nouvelle heure sonnait. Et soudain, il y eu comme une terrible explosion. La fusée était propulsée dans les airs avec une violence inimaginable. Néolia s'accrocha de toutes ses forces à Caroline, prisonnière de son filet, suspendue à une sorte de crochet. Ce filet suspendu atténuait l'effet de l'accélération pour la blonde captive, et toutes les choses transportées dans la fusée, mais la métisse n'était pas dedans,
D'une force et d'une résistance peu commune, Néolia s'accrocha un instant, résistant brièvement à l'incroyable poussée, encaissant debout la plus grosse part de l'accélération, mais au bout de quelques instants, elle ne pu que céder, s'effondrant sur le sol, écrasé par la force titanesque de l'inertie engendrée par la propulsion. Sa tête heurta lourdement le sol et elle perdit conscience.

Les étoiles.
Par le hublot, au dessus d'elle, Caroline pouvait voir les étoiles dans le ciel, plus nettement qu'on ne pouvait les voir depuis la Terre. Tout cela lui semblait familier, le songe d'une explosion, d'avoir eu la sensation d'être écrasée, puis une sorte de relachement, comme l'impression de flotter. Etait-elle dans un rêve, un souvenir ? Etait-il assise, dans le bureau de Nathaniel, hypnotisée ? Elle commença alors a distinguer, sourd et net à la fois, un tic-tac familier, celui de la montre gousset de Néolia.

La belle métisse repris peu a peu connaissance.
Péniblement, elle rouvrit les yeux dans l'obscurité de l'intérieur de la fusée, sur le visage de Caroline, penchée sur elle, soignant ses blessures, l'ayant installée le plus confortablement possible sur ce qu'elle avait pu trouver dans les filets. La blonde aux cheveux dorés s'était libérée non sans peine du filet dont elle était prisonnière, mue par l'impérieux besoin de se porter au secours de son amie inanimée. Elle lui souriait doucement, simplement heureuse de se retrouver avec elle.
"Qu'est-ce qui s'est passé ?" gémit Néolia.
Caroline, comme en réponse, leva la tête vers le hublot au dessus d'elle. Au travers de celui-ci, on pouvait voir les étoiles, on pouvait sentir un déplacement. Et la lune. La lune plus grosse et brillante que jamais, presque aveuglante de blancheur.
Ni l'une ni l'autre ne l'exprima a haute voix, mais le constat était évident. Elles avaient été projetées dans l'espace à bord de cette fusée, en direction de la lune.
Néolia, qui avait voulu se porter au secours de Caroline s'était retrouvée piégée avec elle, a refaire le même impossible voyage que celui qu'elle avait visiblement effectué deux mois plus tôt. Elle qui craignait d'être vendue comme marchandise à un pays éloigné, elle n'aurait jamais pu imaginer qu'il soit si éloigné.

"Maintenant, je me demande a qui ou a quoi nous sommes destinées comme marchandise." dit-elle en regardant les étoiles.
Nathaniel, l'hypnotiseur, s'était aventuré a théorisé que, peut être Caroline ne s'était pas fait violée, pas au sens où on l'entendait. Peut être avait-elle subit une sorte d'examen médicale, comme on en pratique parfois sur les animaux. Il avait entendu parlé de gens qui vivraient dans les étoiles. Néolia avait pris ça pour une sorte de plaisanterie sur le coups.
Elles se redressèrent avec difficulté, ayant l'impression d'être encore engourdies ou sonnées vu la façon dont leur corps réagissait. Elles examinèrent l'intérieur de la fusée et des filets, n'y trouvant que des marchandises et constatant qu'elles étaient les seules prisonnières.
La première fois, Caroline n'avait repris que brièvement conscience lors du voyage, et n'était jamais sortie de son filet. Au moins, il y avait de quoi manger.
Il était difficile de quitter du regard le spectacle des étoiles. Néolia n'aurait jamais volé aussi haut, aussi loin. Elle n'aurait jamais cru le faire.

Quelques heures plus tard, les deux jeunes femmes étaient blotties l'une contre l'autre dans un coin de la fusée, et Caroline leva doucement les yeux vers ceux de son amie, plongeant son regard dans le sien.
"Si nous devons mourir ou être séparée, alors j'aurais une dernière volonté, une chose que je ne voudrait pas regretter de ne pas avoir fait, avec toi, au moins une fois."
Doucement, Caroline commença a embrasser Néolia qui se laissa faire, fermant les yeux. Elles avaient l'impression de flotter, comme si elle avait été dans l'eau. Elles se disaient que c'était sans doute leur passion qui leur faisait cet effet là.
Caroline tira sur les lacets de la chemise de Néolia, et elles oublièrent jusqu'aux étoiles.


Chapitre 7 : La Lune et Le Piston

    Le voyage dura deux jours et 3 nuits.
C'est uniquement grâce à sa montre gousset que Néolia pu mesurer le temps qui s'écoulait. Il n'y avait plus vraiment jour ni nuit a bord de cet étrange engin.
Quand enfin elles amorcèrent leur descente vers la lune, voyant l'attraction les happer, et le sol de plus en plus se rapprocher, elles eurent le réflexe salutaire de retourner s'enfermer dans les filets rembourrés afin de minimiser l'impact de l'arrivée. Il fut néanmoins assez brutal.

Une fois immobilisée et remises du choc de l'impact, elles ressortirent des filets. Le hublot ne leur permettait plus guère de voir beaucoup de choses alentour, hormis les incroyables paysages lunaires. Auraient-elles voulu sortir que cela leur était de toutes façons toujours impossible.

Quelques heures plus tard, elles sentirent quelque chose.
La fusée se faisait tirer. Elle se faisait lentement déplacer comme si elle était tiré par des chevaux que Caroline et Néolia ne pouvaient voir par l'angle que leur donnait le hublot. Le véhicule fut tiré jusque dans une sombre et profonde caverne qui sembla se refermer sur elles. Néolia cru distinguer des silhouettes, d'êtres semblant davantage tenir de l'insecte ou d'une sorte de poisson des grandes profondeurs que de l'être humain, mais elle n'en parla pas à Caroline.

Enfin, la porte de la fusée s'ouvrit.
Les deux jeunes femmes furent accueillies par un étrange automate parlant. Il fut surpris qu'elles soient deux et il les invita a sortir et a le suivre a travers une passerelle vers une large porte de fer taillée dans la caverne. Autour d'elles, les deux jeunes femmes pouvaient entendre de l'activités sans parvenir à la distinguer, comme si des ouvriers s'affairaient sur la fusée.
Elles se sentaient légères et avaient l'impression de pouvoir s'envoler à chaque pas si elles y avaient mis trop de forces. Elles se tenaient la main pour se stabiliser. Ensemble, elles n'avaient pas peur.
Tout en les invitant à le suivre, l'automate mécanique expliquait aux deux jeunes femmes leur situation. Elles étaient sur la lune, à l'abri d'un dôme de pierre. A l'extérieur de ce dôme, il n'y avait pas d'air pour respirer, et elles suffoqueraient, comme si elles étaient sous l'eau, mais en pire. Il existait bien des scaphandres pour s'y déplacer, mais elles n'y auraient pas accès, restant ici, à l'abri. Néolia comprenais, elle a déjà été si haut que l'air se raréfiait au point de perdre conscience, elle comprenais que plus haut encore, il n'y a plus d'air du tout.

L'automate leur expliqua leur tâche : Elles étaient là pour tenir compagnie au gouverneur de la lune pour une durée d'un mois, après quoi, elles seraient renvoyées sur Terre par la même procédé que celui qui les avait mené ici, avec un chargement des minerais extraient du corps céleste. La lune était en effet une colonie minière, tenue par le gouverneur.
Néolia était sidéré par tout ce qui l'entourait. Caroline, elle, commençait de plus en plus à se souvenir de ce qui lui était arrivé.
L'automate leur indiqua où se trouverait leur appartement et les enjoignit a se faire belle, afin de les présenter immédiatement au gouverneur. Il les mena jusqu'à une grande salle couverte de boiseries, de tapisseries et de broderies. Attablé, se trouvait là une figure cauchemardesque.
Le gouverneur.
Un enchevêtrement mécaniques grotesque. L'automate expliqua que le gouverneur, malade et infirme sur Terre avait bénéficié de membres artificiels mécaniques derniers cris. En effet, ses bras, ses jambes, son torse même étaient mécaniques et n'avaient rien d'humain, pas même de loin. Le corps mécanique immobile était alimenté en permanence par une chaudière interne qui tournait toujours, comme un coeur qui bat. Il avait même une sorte de piston en guise de sexe et Néolia réalisa soudain avec horreur comment Caroline avait été violenté.
Les jeunes femmes cherchaient des yeux le moindre reste d'humanité dans cette carcasse de métal, et virent enfin la tête, le visage du gouverneur, protégé dans une sorte de bocal, les yeux fixes et livides, la langue pendant inerte, le teint gris.
Le gouverneur était mort.
"Je l'ai tué." murmura Caroline qui commençait à se souvenir de ce qui s'était passé.

Le gouverneur, plus machine qu'humain, l'avait violé avec ses instruments qui palliaient aux faiblesses de son corps mourant, et elle avait fini par le tuer. La machine, le corps mécanique fonctionnait toujours, et l'automate continuait à lui amener a manger, nourriture qui pourrissait devant lui à présent. L'automate, ne comprenant que la machine, n'avait pas compris qu'il était mort.
Caroline se retourna vers l'automate et lui demanda :
"-Il n'y a personne d'autre ici ? Personne d'autre d'humain ?
-D'humain ? clic-clic-clac, répondit l'automate. Non. clic-clic-clac Personne d'humain à part vous, clic-clic-clac, et le gouverneur. clic-clic-clic.

Chapitre 8 : Les sélénites

    L'automate présenta Caroline et Néolia aux autochtones, aux ouvriers exploités sur la lune, les sélénites. Des créatures étranges, ramassées, tenant de l'insecte avec un corps-carapace ne montrant aucune chair, avec d'étranges pinces en guises de mains, et ne dépassant pas pour les plus grand un mètre 20. C'était eux que Néolia avait vu s'affairer, et qui minait la lune, détruisant leur propre habitat pour enrichir des compagnies terriennes et anglaises.
Néolia réalise que comme quand les blancs ont colonisés l'Afrique, alors que cela aurait pu être une fantastique découverte, un moment d'échange et d'enrichissement mutuel, il n'y avait eu que pillage, destruction et esclavage. En tentant en vain de leur parler, elle compris qu'il n'y avait eu aucune véritable tentative de communication, simplement de l'asservissement, et la destruction de la culture originelle.

    Néolia et Caroline expliquèrent à l'automate que le gouverneur était mort et qu'elles étaient venues le remplacer, insistant pour qu'il se débarrasse de sa carcasse pourrissante.
Au milieu des plantes du jardin extraordinaire qui avait été planté dans la caverne, alimentés en lumière par un réseau de miroirs et de fenêtres, elles discutèrent longuement sur ce qu'il leur restait a faire. Devaient-elle fuir et abandonner cette planète ou la gouverner pour en protéger les habitants contre les exploiteurs de la terre qui ne manqueraient pas de revenir ?

"-Comment pourrions-nous pouvoir retourner sur Terre ?

-Oh, pour ça, ne t'inquiète pas. Il y a un vaisseau, et tu sais que je peux faire voler n'importe quoi. Même toi." lui répondit Néolia avec un sourire avant de l'attirer contre elle et de l'embrasser.
Caroline lui avait offert la lune. Que pouvait-on demander de plus ?
Elles allaient rester.
Au moins quelques temps.